Remise de décorations

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( photo centre de presse/ M. Franc-Guerra)

Le 14 juin, au cours d’une réception chaleureuse à la résidence de France, M. Hugues MORET, Ambassadeur de France a remis officiellement au nom de la République Française les insignes de l’ Ordre National du Mérite à deux récipiendaires français :

- Mme Michelle Mauduit, Inspecteur d’ Académie à la retraite a été reçue dans l’ Ordre des Officiers ,

- Mme Suzanne MORRA, professeur agrégée de lettres classiques au Lycée Albert 1er, en retraite, au titre de Chevalier .

La cérémonie de remise s’est déroulée en présence notamment du Ministre d’Etat, M. Michel Roger, de M. Boisson, Secrétaire d’ Etat et son épouse, M. Georges Lisimachio Chef du cabinet du Prince Albert II, du Conseiller de Gouvernement pour l’ Intérieur, M. Paul Masseron , de M. Stéphane Valery, Conseiller pour les Affaires sociales, de M. Monseigneur Barsi, M. Christophe André Frassa, Sénateur des français de l’Etranger ainsi que de nombreux amis.

Discours de M. l’ Ambassadeur de France  :

Madame Morra, Madame Mauduit,

Permettez-moi d’abord de vous rassurer : M. le Ministre d’Etat, dans son élégant smoking ne s’est pas trompé de cérémonie : nous sommes bien aux Nymphes d’or puisque il me revient de distinguer au nom de la République française deux femmes de hautes qualités, de savoir et de modestie.
M. le Ministre d’Etat, M. le Secrétaire d’Etat, Monseigneur Barsi, Messieurs les Conseillers, M. le Chef de Cabinet, M. le Sénateur, Chers Amis, Chères Amies, je vous remercie d’être présents ce soir pour honorer Suzanne Morra et Michelle Mauduit, malgré, pour certains, les urgences d’agendas télévisuels et électoraux. Avant les sunlights des plateaux, M. le Ministre d’Etat, et la chaleur des meetings, M. le Sénateur, je me réjouis que vous ayez retranché un peu de temps pour l’hommage de l’amitié.

Madame Morra, Madame Mauduit,

Vous avez l’une et l’autre souhaité que l’hommage rendu à vos mérites fût le plus bref possible, ce qui n’est pas simplement une convenance ou une fausse modestie mais, je crois, le signe très profond et la conviction que les vertus ne s’exhibent pas mais se reconnaissent au mérite vrai des vies ordonnées dans l’accomplissement sobre des devoirs et des obligations qu’une vocation a très tôt fixés : cette vocation, pour vous deux, Mesdames, c’est celle d’enseigner et de transmettre.

Madame Morra,
Vous avez quitté Besançon, comme Julien Sorel. Vous ne montâtes pas à l’échafaud comme dans le Rouge et le Noir, mais vous vous élevâtes sur le Rocher, dans les plis du Rouge et du Blanc.
Vous avez, Chère Suzanne Morra, après de brillantes études et l’Agrégation de Lettres classiques, en effet consacré presque l’essentiel de votre carrière de professeur aux élèves du Lycée Albert 1er, de la sixième à la terminale.
Vous êtes entourées ici ce soir de vos amis et de vos élèves. Beaucoup sont devenus vos amis après avoir été vos élèves. Cette fidélité amicale témoigne autant de la reconnaissance à vos qualités de professeur qu’à vos qualités humaines. Un enseignement sans générosité manque son but : on dit bien partager un savoir. La transmission est aussi un don, à tous les sens du mot.
Cette générosité s’enveloppe chez vous, Madame Morra, d’exigence. Vous avez été un professeur sans faiblesse ni complaisance. Vous avez « tenu » vos élèves, non pas par goût de la férule, mais simplement parce que vous avez toujours considéré qu’on n’enseigne pas sans rigueur ni discipline. Un vers héroïque de l’Eneide ou soyeux des Métamorphoses est d’abord une grammaire.
D’ailleurs, certains de vos élèves en ont tiré toutes les leçons oratoires : à force de lire Cicéron on prend sans doute goût à la chose publique : n’est-ce pas Cher Stéphane Valéri, n’est-ce pas Cher Christophe André Frassa ?
Même si nous savons, Madame Morra et moi, qu’une lecture de Tacite nous met en garde contre les fourberies et les violences du pouvoir : heureusement, les moeurs se sont depuis adoucies, et le marché de la Condamine n’est pas le Forum, et la 5ème circonscription pas les forêts de Germanie : on y meurt moins de mort violente, d’un coup de dague ou de glaive… Enfin, je crois…
Cette générosité, Madame Morra, après avoir formé des générations d’élèves, vous lui avez trouvé un autre emploi, au service d’actions bénévoles.
Presque de soi, vous êtes devenue secrétaire générale de l’Alliance française, dont je salue ici l’infatigable président, M. Alain Pastor. Transmettre toujours, à ceux dont le français n’est pas la langue, mais qui en apprennent l’usage, ses mystères et sa beauté. Mais aussi la Croix Rouge monégasque et son œuvre active de bienfaisance. Et je n’oublie pas non plus votre engagement au sein de l’Association Œuvre de Sœur Marie. Ni l’AMOPA de Monaco.
Si vous me le permettez, puisque nous en avons ensemble évoqué le souvenir, je voudrais citer d’un mot votre mari, Maître André Morra, qui fut le collaborateur éprouvé de l’Etude de Jean Charles Rey et d’Henri Rey et le Vice-président du conseil économique et social de la Principauté.
Vos deux réussites, professionnelles et privées, sont intimement liées. Liées à la France et à Monaco. Français, vous avez mis votre talent et vos capacités au service de Monaco. Vous être restés français tout en étant profondément, intimement, attachés à Monaco, à ses institutions et à son Prince.
Ce lien, nous devons en préserver toute la singularité et l’exceptionnelle qualité malgré les vicissitudes économiques ou de logement.
Français à Monaco n’est pas une survivance mais doit rester un avenir.
Madame Morra, au nom des pouvoirs qui me sont conférés je vous élève au grade de Chevalier de l’Ordre du Mérite.

Madame Mauduit,

J’ai appris à vous connaître ; d’abord en voisin, presque de palier puisque vous habitez au Périgord ; puis au cours de longs dimanches électoraux, presque nuit et jour.
J’ai pu apprécier, devant les urnes présidentielles et législatives, votre endurance et votre patience.
Et j’en abuserai encore jusqu’à dimanche prochain, pour la quatrième fois… J’exerce mon privilège de président de bureau de vote, vous le voyez, sans vergogne…
Vous avez consacré, comme Madame Morra, toute votre vie professionnelle à l’éducation, jusqu’au grade prestigieux d’Inspecteur d’Académie.
De votre formation initiale de professeur d’économie et de gestion, en passant par l’inspection générale dans le domaine de l’alternance et en formation, avant l’inspection pédagogique régionale « Etablissements et vie scolaire », deux choses frappent : d’abord, votre engagement intellectuel constant sur les questions de pédagogie scolaire et de formation des enseignants ; ensuite la réflexion toujours renouvelée portée à ceux des élèves qui n’ont pas trouvé au sein de l’institution scolaire les moyens d’un épanouissement éducatif complet.
C’est cette inadéquation qui a stimulé votre réflexion tout au long de votre carrière, mais encore aujourd’hui. Je crois savoir que vous allez bientôt publier un livre sur la fabrique de l’échec scolaire que je lirai avec attention. Vous n’avez jamais séparé votre enseignement, et vos responsabilités pédagogiques, de ce travail de fond d’interrogation sur les moyens d’empêcher que certains sortent sans retour des chemins balisés de l’Education nationale. D’où votre curiosité active et pratique pour les problématiques d’échec scolaire, et les voies alternatives d’apprentissage et de formation en alternance.
L’éducation demeure le problème crucial de notre temps. A la fois une éducation d’excellence mais une éducation qui avant d’être un accomplissement national est un accomplissement personnel. Il y a une urgence éducative. On oublie trop souvent avec cette formule impersonnelle et abstraite « d’échec scolaire » que l’échec est bien souvent personnel, concret et qu’il laisse de soi une image entamée, diminuée, qu’on traîne parfois toute une vie. Au lieu d’être une découverte du monde et de soi, l’école est alors le monde indéchiffré et indéchiffrable lieu des incompréhensions, des abandons et parfois des violences. C’est contre cette fatalité que s’est orientée votre réflexion.
Il n’était pas évident que cette réflexion prolongée sur l’échec scolaire vous conduisît à Monaco dont les établissements ne sont pas particulièrement réputés pour leurs carences pédagogiques. Au contraire.
Le Recteur de l’Académie de Nice ne vous a donc pas envoyé en terre de mission à Monaco. Connaissant vos éminentes capacités il vous a chargé du suivi et de la mise en oeuvre de l’Accord franco-monégasque relatif à la Coopération dans le domaine de l’enseignement, en particulier le suivi des personnels enseignants. Vous vous êtes acquittée de cette mission brillamment et à la satisfaction de nos deux administrations.
Depuis, vous n’avez plus quitté Monaco. C’est la tentation administrative du bonheur monégasque : c’est à un pêché, Monseigneur Barsi, auquel plusieurs d’entre nous dans cette pièce sommes exposés…
Cette tentation du bonheur, Madame Mauduit, n’est pas trouble : elle a le goût du vent, du sel marin et de la voile. Vous avez en effet la passion de la navigation et vous êtes un marin émérite. Vous dirigez aujourd’hui, sans doute votre passion également de la formation et de la gestion, un port autonome de plaisance de 1600 voiliers dans la baie de Saint Tropez.
Et comme vous avez le goût du capitanat et de la houle, vous assumez la barre depuis une semaine du Comité d’entraide, auquel vous allez donner, je l’espère, toute l’énergie dont vous êtes capable, au service de nos compatriotes à Monaco qui éprouvent des difficultés de vie et financières.

Madame Mauduit, en raison de vos mérites éminents, j’ai le plaisir de vous élever au grade d’officier de l’Ordre national du Mérite."

Dernière modification : 19/06/2012

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